L'ostréiculture à la Trinité
Berceau naturel de l'huitre plate, l’ostréiculture trinitaine s'est développée autour du captage et de la commercialisation des larves et du naissain. L'élevage a connu un développement tardif sous l'impulsion de pionniers issus de la bourgeoisie locale encouragés par Napoléon III. De nombreuses innovations voient alors le jour dont le bouquet de tuiles chaulées, toujours utilisé à ce jour. En dépit des avancées techniques, l'ostréiculture est restée jusqu’en 1975 orientée vers la la commercialisation du naissain. Pendant les trente glorieuses (1945 - 1975), 150 chantiers s’échelonnaient le long des deux rives de la rivière. L'arrivée des parasitoses entraîna la quasi disparition de l'huitre plate et l'effondrement de l'activité économique. L’huître Gigas constitue désormais 95% du cheptel, l’ostréiculture s'est tournée vers l’élevage.
Chronologie rapide :
- 1860 : Cueillette des huîtres sauvages en bancs naturels, consommation courante.
- 1875 - 1930 : Naissance et développement de la culture de l’huître plate ; captage des larves ; récolte du naissain (semence) ; commercialisation du naissain élevage et consommation ; introduction de la portugaise.
- 1945 – 1975 : Les « trente glorieuses »
- 1975 - 1980 : Parasitoses Introduction de la Gigas
- 1980 - 2010 : Élevage et commercialisation de la Gigas (95%, plate : 5%)
Principales étapes de "la Culture de l’huître dans la rivière de Crac’h"
L’huître plate indigène était récoltée, et consommée, depuis la nuit des temps. La cueillette se pratiquait sur les bancs naturels établis dans le chenal de la rivière, depuis la baie St Jean jusqu’à Grazu.
A partir de 1860 et jusque 1975, pendant plus de 100 ans, l’ostréiculture s’y développa et occupa une place géographique, sociale et économique de premier plan. L’ostréiculture trinitaine se spécialisa dans les opérations de captage des larves, émises par les géniteurs des bancs naturels et de récolte du naissain (semence) et sa commercialisation.
L'élevage jusqu’à la commercialisation et la consommation de l’huître adulte ( au moins 3 ans), est longtemps resté marginal.
La configuration du milieu et la présence de bancs naturels d’huîtres plates étaient favorable au développement de l'ostréiculture à La Trinite. Ils constituaient autant de « réservoirs » de géniteurs naturels. D'autre part, la présence de part et d’autre du chenal, de vasières offraient des surfaces considérables et accessibles pour la pose des capteurs de larves.
La pratique intensive de la cueillette par l’utilisation systématique de la drague ( même rudimentaire) appauvrissait jusqu'à détruire les bancs naturels. Dans le même temps, l'augmentation de la demande et le développement des transports permettaient de sortir le cadre local.
Le développement des connaissances en biologie de la reproduction, de la pisciculture menée par Victor Coste et encouragée en haut lieu par Napoléon III, furent, parmi d’autres, les facteurs qui ont présidé aux essais sur le terrain.
Plusieurs figures locales sont les auteurs des premiers essais dans la rivière : Gressy, Martin, LeRoux, De Wolbock. Autant de pionniers issus de la petite bourgeoisie locale assez fortunée qui, par leurs investissements personnels, ont su pérenniser l'activité, la rendre viable et l'ancrer localement.
Ils seront suivis sans tarder par des gens du pays, plus modestes, qui cherchaient dans cette activité nouvelle et prometteuse un complément de revenus.
Les innovations
La tuile chaulée a été une avancée technique simple et efficace. La larve issue de l’huître génitrice, doit obligatoirement se fixer sur un support solide, d’où l’idée de le lui fournir. Parmi tous les matériaux essayés, la tuile a fait merveille et en l’enduisant de chaux, le travail de décollage et donc la récolte s’en trouvait facilité.
Mais il revint à Monsieur Eugène Le Roux d’inventer le bouquet, c'est-à-dire une façon astucieuse de disposer les tuiles en un ensemble cohérent, aéré, propre, facile à manipuler. Placés sur un piquet à quelques centimètres au dessus du sol, sur les vasières, au moment de la reproduction de l’huître, ces bouquets recevaient les jeunes larves nageuses.
Quelques mois après, l’opération de décollage, facilitée par la présence de la pellicule de chaux, permettait de récolter le naissain qui constituait la semence. La base de l’ostréiculture ; maîtriser la production de semence ( le naissain ).
Cette technique se révéla si fructueuse qu’en 2010, elle est toujours utilisée, sans modifications notables.
Cent ans de développement de l'ostréiculture trinitaine
- 1870-1975 : Le berceau de l'huitre plate
- L’œuvre trinitaine du Baron et du Vicomte de Wolbock a permis de maîtriser de la semence assurée (en passant les aléas sous silence), les vasières de la rivière se couvrirent de tuiles blanchies car de nombreux trinitains se lancèrent dans l’aventure. La plupart se spécialisèrent dans le captage et la commercialisation du naissain.
- Une exception notable, le vicomte de Wolbock, à la suite de son père, le baron de Wolbock, n’eut de cesse entre 1880 et les années 30, de travailler à l'amélioration de la récolte du naissain mais aussi de l’élevage jusqu’à la commercialisation.
- Innovateur et expérimentateur, il aménagea sur le territoire trinitain de structures qui sont toujours visibles : les bassins de Port-pesket, les marais salants de Beaumer, ceux de Kervillen qu’il utilisa en « claires », le fond de l’anse du Quéric où ils sont toujours bien visibles, la Tuilerie de Kerdual qui lui fournissait ses tuiles.
- Il voulait maîtriser toute la chaîne sur place. Cependant, l’élevage de l’huître plate ne s’est jamais installé sur une grande échelle. La Trinité est restée jusqu’en 1975 presque essentiellement tournée vers la production et la commercialisation du naissain.
- 1945 – 1975 : les trente glorieuses.
- Pendant cette période, 150 chantiers s’échelonnaient le long des deux rives de la rivière. 280 concessionnaires se partageaient les 620 concessions qui recouvraient plus de 100ha de vasières. Des millions de tuiles blanchies recouvraient les terre-pleins au mois de juin avant d’être placées sur les concessions quelques semaines plus tard.
- Environ 1000 personnes,la plupart saisonniers, y travaillaient, certains à temps plein. On ne comptait que très peu de professionnels vivant t de leur travail ; La plupart était des inscrits maritimes (pêcheurs,retraités de la marine, marins de commerce encore en exercice…) ; Quelques autres exerçaient une toute autre profession. C’est dans ces conditions quasi euphoriques, qu’arrivèrent brusquement les parasitoses .
- Le choc des parasitoses 1975 – 1980.
- La « Portugaise » avait disparu du paysage dans les années 65-68, victime d’un parasite. Aucune conséquence dans la rivière puisqu’elle y était interdite et la Plate était en grande forme physiologique et commerciale. En 1974, les premières mortalités dues au « Marteilla » apparaissent.
- Les premières introductions de la Gigas, huître creuse japonaise, occasionnent quelques décrochages chez les ostréiculteurs qui ne peuvent, faute d’expérience ou de place, se convertir. L'activité se maintient dans la morosité. Une grande méfiance règne vis-à-vis de l’espèce introduite.
- En 1980, le coup de grâce est asséné par le virus Bonomia : 1400 chantiers se retrouvent en difficulté dans le pays d’Auray dont 150 dans la rivière de Crac’h.
- La plupart abandonnent, les non-professionnels d’abord. Ceux qui restent se convertissent presque tous à l’élevage de la Gigas. Mais il faut radicalement changer de technique et de lieux de travail, passer du captage à l'élevage, de la rivière à la baie, de la vasière à l’eau profonde,.du canot au ponton, des bras à la grue et découvrir la commercialisation !
- L’ostréiculture moderne 1980 – 2010...
- Les parasitoses entraînent donc la quasi disparition de la Plate et une véritable dégringolade de l'activité économique. Dans le même temps l’introduction de la Gigas a entraîné des transformations radicales qui obligèrent les professionnels a repenser entièrement l'activité, à repartir sur des bases totalement nouvelles.
- La quarantaine d’ostréiculteurs de la rivière sont désormais de véritables professionnels. L’huître Gigas constitue 95% du cheptel ostréicole. L’ostréiculture s'est tournée presque uniquement vers l’élevage.
- La baie de Quiberon et la culture en eaux profondes sont devenues le support des concessions et le lieu d’élevage. La mécanisation est de ce fait très poussée. Le travail du chantier est surtout basé sur le tri et a nécessité des installations particulières pour les machines et les engins divers.
- La commercialisation du produit a pris des formes nouvelles ntamment avec le commerce de gros et l’expédition mais aussi le détail et la vente directe des domaines dans lesquels la profession n’a pas d’expérience.
- Tout cela n’a donc plus rien à voir avec l’ostréiculture de papa ! Et la plate ?
- Elle est toujours là. Elle a résisté en bancs naturels, dans la baie de Quiberon. Aucun signe de vie des bancs naturels dans la rivière, pour l’instant. L’ostréiculture s’est adaptée, le captage se fait toujours mais en eaux profondes sur des supports coquilles de moules emprisonnées dans des filets suspendus à des cages immergées.
- Les larves proviennent de géniteurs des bancs naturels désormais très surveillés. La baie de Quiberon est devenue pratiquement le seul lieu de captage de naissain d’huîtres plates en France. Et la tuile a toujours quelques partisans…
- Décidément ces Trinitains ont la tête dure et la mémoire longue ! L’élevage continue en eaux profondes, dans la baie, à même le sol, sur des concessions voisines de celles où grandissent les Gigas et cela donne d'assez bons résultats, à petite échelle.
- La « Belon trinitaine » a toujours ses amateurs, partisans fidèles et mordus. Et n'oubliez pas que 150 ans d’histoire trinitaine sont rassemblés dans chaque huître dégustée.
Pour en savoir plus « L’ostréiculture de la rivière » par Maurice Le Lamer La VIGIE édition La Trinité sur Mer












